[Benka-info] Dur dur l’Afrique !

BenKa Morvan benkamorvan at gmail.com
Sam 27 Mar 20:17:15 CET 2010


En vitesse : Mon numéro au Burkina : 00226 7248 9870. Des photso son à voir
sur http://www.flickr.com/photos/benkamorvan/collections/



L’harmattan qui souffle donne un gout de désert à n’importe quelle ville et
l’impression de bouffer de la poussière rien qu’en respirant. Tout se teinte
en orange et seulles les feuilles vertes des manguiers arrivent à lutter un
peu contre cette monotonie.



*L’Afrique remplace l’Asie*



Mais je dois sans doute vous expliquer pourquoi je me retrouve à +40°C à
l’ombre sous le tropique du cancer au lieu des -40°C  à bord du
transsibérien comme je l’avais annoncé en janvier… J’ai reçu des mails et
des commentaires sur mon blog de personnes qui sont étonnées de ce grand
écart. Il s’agit simplement d’un problème de visa et de continuité du projet
« Avenir climat ».



Pour continuer mon voyage sans avion et recueillir des témoignages sur la
lutte contre le changement du climat en Asie, il me fallait attendre 2 mois
pour obtenir tous les visas et les billets de train Paris – Pékin. Cela me
laissait à peine 3 mois pour le voyage en comptant au moins quatre semaines
juste pour l’aller-retour, j’ai donc décidé de faire plus simple : direction
l’Afrique ! Je prendrai mes visas aux frontières.



Après deux ans de voyage en Europe et au Moyen-Orient, je découvre un
troisième continent. Je me suis décidé en quinze jours et je débarque du
ferry à Tanger quasiment sans préparation sur le continent le plus pauvre du
monde. L’idée que j’en ai ? Un espace sinistré, ravagé par le palu et le
sida (et quelques massacres inter-ethniques), avec des élites rares et
corrompues par un système hérité du colonialisme, plus une population
largement analphabète et superstitieuse.



D’un autre côté, il est facile d’obtenir des visas pour aller se faire une
idée directement sur place. J’ai écouté Tikken Jah, un musicien malien,
parler de la francafrique, et le franco-sénégalais Sengor a inventé le terme
de négritude. Le grand Zoul (un français qui fait 2 têtes de plus que moi)
m’a fait entrevoir un réseau militant en Afrique de l’ouest grâce aux
Etranges Rencontres et m’a appris le nom de Sankara le burkinabais. Une ONG
française, le GERES, travaille sur un projet d’huile de Jatropha cultivé par
des petits paysans pour créer une filière locale d’agrocarburant.



*Premier pas au sud de la méditerranée*



J’embarque le 19 février à Sète et arrive au Maroc le 21 après deux nuits en
mer à fond de cale : les couchettes économiques sont au deuxième pont, entre
les moteurs et les voitures, mais au moins on entend le bruit des vagues en
s’endormant.



Je reste juste assez longtemps à Tanger pour refaire le tour de la médina et
apercevoir le Gran Teatro Cervantes, inauguré en 1913 à l’époque interlope
décrite par Paul Bowles.



Le 23 je monte dans le rif pour retrouver l’association GERES qui est basé à
Chefchaouen, une ville surtout réputé pour être la porte d’entrée à la plus
grande zone de culture de cannabis aux frontières de l’Europe. Les fortes
pluies des deux derniers mois ont augmenté l’érosion, les murs qui ne sont
jamais protégé par un toit étanche sont gorgés d’eau et de salpêtre. La
route est bordée de drapeaux : le roi doit faire une tournée dans deux
semaines et tout ce qui est a porté de son regard est maquillé comme il
faut. Les rifains empoisonnés et au bétail décimé par la dernière campagne
anti-drogue (phytocide répandu par hélico et polluant tous les cours d’eau)
seront certainement tenus à l’écart. De toute façon, les lettres de cachet
fonctionnent toujours dans le royaume…



A côté de cette pourriture, je découvre Abdelhkani qui travaille avec le
GERES dans leur village à 1h de bus.

Il se démène depuis onze ans pour améliorer la situation de son village.
Après des études de droit qui ne l’ont menées nul par car il ne pouvait pas
payer pour obtenir une place, il a fait construire une route et un pont,
aménagé les alentours de l’école, installé l’eau courante dans les maisons,
créé une coopérative agricole et installé une unité de trituration pour
produire une huile de qualité. Son projet en cours : améliorer les
conditions de travail des femmes dans leur cuisine avec des cuisinières
multi-fonctions ou des fours à gaz amélioré qui économisent 20 à 30%
d’énergie… Tout ce travail de développement est réalisé en restant au
village, par des financements obtenus en montant des programmes de
coopération, avec des ONG donc sur une base de non-profit. Une personne
remarquable !



*Découverte de l’Afrique sud-saharienne*



Le 3 mars à Rabat je retrouve David, de Chalon-sur-Saône. Il descend retaper
sa maison au Ghana et m’emmènera jusqu’à Bamako, sept jours de route et
quelques milliers de kilomètres durant lesquels je traverse le Sahara et le
Sahel et quatre pays : Maroc, Mauritanie, Sénégal puis Mali. Je rentre dans
un paysage monochrome et suffocant qui sera dorénavant mon quotidien, en
plus de celui de quelques millions de personnes. Des cailloux, du sable, et
dès qu’il y a plus d’un arbre famélique tous les 100m on n’appel plus ça un
désert. Les routes bitumés sont en mauvais états et se résume aux axes
principaux d’une frontière à l’autre, en passant par les grandes villes.
Seuls les villages aperçu depuis le goudron me semble propre : mur de terre,
construction en bois, les familles n’ont pas de revenus et cultivent juste
pour se nourrir, il n’y a donc pas de plastique acheté au loin.



Dès que l’on approche d’un lieu peuplé, les sacs plastiques et autres
emballages s’entassent. Pas de récupération ni de stockage, il y en a dans
les arbres, les égouts, les champs, les ruisseaux. Suffisamment riche pour
consommer, insuffisamment instruit pour gérer leur pollution. Cette vision
de surface, les croyances que les échecs sont du au mauvais sort et que l’on
ai pas responsable, les hommes inactifs de tout côté, les enfants qui
vendent trois bricoles aux croisements, les récits de corruption au coin
d’une table, les reportages sur un Mali parfait à la TV nationale, tout ceci
plus la poussière et la chaleur me dégoute et me stress, sans compter cette
jambe droite toujours tendu suite à mes vaccins au CHU de Dijon début
février : homéopathie, ostéopathe et masseur n’y ont rien fait.



Je n’ai pas trouvé beaucoup de plaisir à voyager en Afrique pour le moment.
Peu de contacts sont désintéressés ; les prix sont élevés si je compare avec
l’Inde, pas de chambre à peu près propre à moins de 10€ ; cuisine malienne
écœurante au bout de deux jours quelque soit l’endroit où vous mangez.



Je quitte Koutiala au Mali le 26 pour Bobo-dioulasso au Burkina-fasso, le
cinquième pays de mon voyage africain. Je me suis fixé encore une étape
avant de décider de rester ou de rentrer. Je serai dimanche à Ouagadugou
pour rencontrer attac-burkina qui devait organiser le Forum Social
rassemblant les ONG, syndicats et organisations altermondialiste.
L’évènement est annulé par manque d’argent.



*Bilan*



Le bilan de mon projet en Afrique, après un mois sur place, est plutôt
pessimiste : je connais peu l’histoire politique et sociale des pays. J’ai
beaucoup de contacts, dont je ne sais que faire : des européens très tourné
sur l’humanitaire (sans doute efficace mais pas dans mon domaine), des
africains que je n’arrive pas à cerner.



J’ai quitté le Mali avec l’impression d’un pays qui sort à peine des
périodes de famine chronique, avec une économie faible et quand même en
déclin (privatisation du secteur cotonnier). J’ai rencontré des artisans et
des artistes qui me font payer quatre fois plus cher parce que je suis un
touriste, tout en poussant des grands cris parce que je marchande. Un chef
d’entreprise explique qu’ici la France nomme les chefs d’Etats. Un bordel
ambiant qui déstabilise.



J’ai encore trois mois devant mois pour le voyage. Je suis quasiment sûr de
ne pas rentrer par la route : il fera trop chaud et en transport en commun
ça sera trop aventureux à mon gout à travers des zones désertiques et où les
bus en panne attendent des jours avant de recevoir une assistance mécanique.
A moins que je ne trouve un français en voiture, je risque de rentrer en
avion (malgré l’un des principes de base de mon projet) ou alors en bateau
(ce qui prend du temps et beaucoup d’argent).



Sur le fond du projet Avenir climat j’ai aussi du mal : les rares
initiatives que j’ai rencontrées (5 interviews au Maroc et 4 au Mali)
dépendent toutes des européens. Face au dénuement des populations, et à leur
manque d’éducation, je trouve peu d’intérêt. Tout est à faire, souvent
depuis la base : éducation, santé, agriculture. L’environnement est souvent
cité comme un ingrédient de tous les projets, ce qui me semble remarquable,
mais reste une goutte d’eau dans un océan de poussière. Est-ce utile ? Quel
est mon rôle ici ?

--
Benoît KUBIAK | ben at avenirclimat.info | http://avenirclimat.info
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